24/08/2017
Midorie Villeneuve Chassé

T’aimes la pluie ? Frappe les mains

Il était une fois, dans le Shawinigan des temps modernes, trois touristes impatients de visiter la Mauricie. Passionnés de grands espaces et d’activités en plein air, ils étaient tous venus de très loin. Le premier arrivait tout droit de Vancouver. Le deuxième avait traversé l’océan depuis Londres, au Royaume-Uni. Le troisième, finalement, était natif du Botswana, un petit pays d’Afrique australe. C’était un groupe plutôt hétéroclite, je vous l’accorde. Accompagnés d’un guide bien québécois, les trois voyageurs ont pris la direction du Parc National de la Mauricie afin d’entreprendre une longue randonnée.

Ils avaient le sourire aux lèvres et le pas léger. L’air était bon, la nature était apaisante. Puis, ce qui devait arriver arriva : le ciel devint sombre et la pluie se mit à tomber. Habitués aux précipitations de Londres et de la côte Ouest du Canada, nos deux premiers randonneurs n’en firent pas trop de cas. L’odeur de la pluie leur plaisait bien. Étant très déçu de cet été plus que pluvieux, notre jeune guide québécois y alla quant à lui d’excuses sincères auprès de son groupe. Difficile d’avoir une journée complète de beau temps au Québec!

En entendant cela, notre jeune africain esquissa un sourire. Il se mit à raconter que comme la pluie est très rare dans son pays, la devise nationale est « Que tombe la pluie ». Même que leur monnaie porte le nom de « Pula », ce qui signifie littéralement « pluie ». Pour lui, cette averse soudaine lui rappelle humblement qu’il est très loin de chez lui et qu’il fait bon visiter le Québec. …

Bon, vous ne serez pas surpris d’apprendre que ce récit est un tantinet romancé. Comment tous ces gens se sont retrouvés à voyager ensemble ? Nul ne le sait ! Mais là n’est pas le point. L’intention, derrière cette histoire était de vous montrer à quel point les perspectives changent selon notre culture, notre parcours, nos habitudes ou nos croyances. Je le sais, je l’ai vécu aussi. L’an dernier, j’ai passé trois mois au Sénégal. Là-bas, chaque jour, le soleil était haut dans le ciel et le mercure frôlait les 35 ou 40 degrés. C’était avant la saison des pluies. Les précipitations étaient donc inexistantes. Chaque matin et chaque soir, je devais marcher pour me rendre au travail et pour revenir à la maison. Trente minutes à cuire sous le soleil. Tranquillement, je l’admets, je me suis lassée de ce climat. J’en suis venus à prier pour un ciel nuageux. J’espérais une journée de pluie, un moment de répit. Puis, un jour, mes prières furent exaucées : la pluie s’est mise à tomber. L’air était plus froid, le quartier était silencieux, les arbres souriaient… pratiquement. Ma petite sœur sénégalaise m’a dit qu’elle trouvait ça beau. C’est particulier, n’est-ce pas ? Alors que le monde occidental perçoit la pluie comme un phénomène négatif, lourd et déprimant, les habitants des terres plus arides d’Afrique ou du Moyen Orient accueillent pratiquement les précipitations en dansant, ou du moins, avec le sourire. Pour eux, la pluie est synonyme d’énergie, de mouvement, de liberté, de vie. Elle irrigue les champs, arrose les plantations et nourrit les récoltes. L’eau est un signe de richesse, un véritable cadeau du ciel. Ce que cette expérience m’a appris, c’est que la diversité de notre belle planète nous enrichit. Voyager dans un pays où le climat est complètement différent de celui du Québec nous ouvre les yeux. Être en contact avec d’autres cultures et apprendre à voir le monde à travers LEURS yeux nous transforme, nous amène une autre perspective, une autre façon de voir la vie. Que ce soit la météo, la religion, la culture, la langue, la nourriture… la richesse réside dans la différence et l’ouverture. Je vous laisse méditer là-dessus, l’orage approche. Et après la pluie, il y a le beau temps.