30/11/2017
Marianne B. LaPerrière

Promenade d’automne / Le bagage du centre-ville

J’ai souvent eu l’impression, à marcher sur Jean-Talon entre les rues Parc et Acadie, que j’étais dans un autre monde. Tous les sens sont appelés ailleurs alors qu’un pas emboîte son prédécesseur sur quelques coins de rues à peine. L’identité culturelle en caractères gras, dans ta face, gros comme le bras, alors que mon français est minoritaire et que le silence est punjabi. Personnellement, j’aime ces tourbillons d’informations qui nous sortent drastiquement de notre quotidien et nous imprègnent de nouveauté.

À Shawinigan, ce caractère gras/dans ta face/gros comme le bras du multiculturel n’existe pas encore. Toutefois, il se manifeste subtilement lorsque l’on s’attarde aux entités de la ville, figées dans le temps.

Visite guidée du centre-ville de Shawinigan et de son bagage multiculturel:

Partons de la 5e rue de la Pointe, en son centre, où la Place du Marché rassemble les festivaliers l’été, les danseurs de salsa les mercredis soirs, les restaurateurs mexicain, libanais et japonais. Si vous tendez l’oreille, vous remarquerez également que le point de rencontre des retraités, le Café Morgane, diffuse en dedans comme en dehors une sélection de musique pour les salseros: amalgames de trompettes, de congas et de sonorités qui évoquent les terres de sable et de soleil.

Empruntez cette même 5ieme de la Pointe jusqu’au bout. Il y a là une rivière, puis un grand parc tout de vert où chaque «paire de yeux» a sa place sur la ligne d’horizon.  Le fameux Parc Saint-Maurice a été imaginé par la même firme que celle à qui l’on doit le Central Park et le Parc du Mont-Royal. Intéressant, non?  Autre fait pas pire pentoute: le terrain sur lequel se déploie aujourd’hui le parc a été vendu pour la modique somme de 1,00$ en 1921 à la Ville de Shawinigan…

Après avoir traversé ses petits chemins et admiré sa rivière, après une partie de tennis ou quelques saucettes dans les jeux d’eaux, l’envie vous prend soudain de visiter la vespasienne, cette structure de blanc immaculé où tous les hommes sont égaux. Cette vespasienne (autrement dit, le bloc sanitaire) est inspirée des cultures espagnole et mauresque, de l’Afrique du nord. Les murs en crépi blanc et les tuiles d’argile sur le toit évoquent directement l’architecture de l’Espagne, alors que la loggia (un espace spacieux formé par les arcades et les colonnes) et les motifs arabes qui décorent ses parois nous font voyager chez les berbères d’Afrique du Nord.

centre-ville 2

Si l’on s’en éloigne en empruntant la 3e rue de la Pointe et que l’on suit le clocher, on prend une petite pause devant l’Église Saint-Bernard, aujourd’hui fermée, mais qui jadis renfermait quelque chose d’extraordinaire: un orgue Casavant.  Casavant Frères est une maison de facteur d’orgues québécois qui depuis 1879, rayonne partout à travers le monde. Si Shawinigan peut se vanter d’avoir le petit frère des orgues de la Basilique-Notre-Dame et de la Maison symphonique, il fait aussi partie d’une grande lignée d’instruments posés au Mexique, au Japon, en Chine et en Australie, pour ne nommer que ces quelque pays.

Terminons notre visite multiculturelle du centre-ville en se dirigeant vers CGI et en notant au passage la murale colorée, fruit d’une histoire de luttes sociales dans le New-York des années 60, qui surplombe un stationnement. Le chanceux!

Puis il y a CGI, fleurons des Technologies de l’Information à Shawinigan, où 70% des travailleurs sont issus de communautés multiculturelles.

Ils et elles viennent de l’Inde, de la Colombie, de Cuba, de France ou de la Côte d’Ivoire.

Ils et elles, comme nous tous, prennent l’air sur l’heure du midi.

Sur cette même rue où je termine mon petit tour.

Et d’ailleurs, c’est grâce à cela que ma marche d’entre midi et treize heure à travers le centre-ville se termine, certes, par un français majoritaire, mais aussi un bonjour en punjabi.